Darwin et les systèmes d’information : s’adapter au Cloud… ou finir dans un musée

Crédit photo : Randy Connoly | Flickr

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La théorie de l’évolution de Darwin repose sur le principe de sélection naturelle : ce ne sont ni les plus forts, ni les plus intelligents qui perdurent, mais bien les plus adaptés à leur environnement. Nos systèmes d’informations n’échappent pas à la règle. Dans un contexte de transformations perpétuelles et rapides des entreprises, leur adaptation passera par le Cloud si l’on ne veut pas qu’ils périclitent, entre tensions et crises, en entrainant leurs sociétés dans leur chute.

Le système d'information on premise finira dans un musée

A quoi sert le Système d’Information ?

La question n’est pas si triviale. Le système d’information est, selon Wikipédia « un ensemble organisé de ressources qui permet de collecter, stocker, traiter et distribuer de l'information ». Il a pour mission de servir l’entreprise. Cette mission peut se résumer, de manière un peu simpliste certes, en trois objectifs : tenir ses engagements de services, maîtriser ses coûts (l’efficience) et enfin mettre en permanence à la disposition de l’entreprise les meilleurs outils et solutions, afin d’accompagner sa stratégie (la non obsolescence). Ces trois objectifs sont bien évidemment antagonistes. Il est facile de tenir ses engagements de services s’il n’y a pas de contraintes budgétaires. On peut tenir ses engagements de services et même dans un budget optimisé, mais à conditions d’avoir un SI stable et sans changements…
Tout l’art des responsables de SI est précisément de trouver l’équilibre, terriblement instable, entre ces trois cibles.

Système d'information : un équilibre entre coûs, qualité de service et maitrise de l'obsolescence

Les DSI, producteurs internes d’énergie informatique

Nos systèmes d’Informations sont encore aujourd’hui très largement « internes ». C’est normal et historique. Apparue dans les entreprises au début des années 1950, l’informatique est devenue un élément essentiel au bon fonctionnement des organisations. Cependant, pour des raisons techniques évidentes car il n’y avait pas d’autres solutions, les SI reposaient alors entièrement sur une « matière première » brute : les capacités intrinsèques des ordinateurs disponibles et installés dans la salle serveurs, au sous-sol. Les Directions informatiques (ou Direction des Systèmes d’Information) sont donc devenues des producteurs internes d’énergie informatique pour leurs entreprises : développant des applications pour les métiers, bâtissant des infrastructures et bien sûr « faisant tourner » le tout.
L’apparition et le développement de la micro-informatique et des progiciels n’ont pas fondamentalement modifié ce rôle. Les évolutions se faisaient donc au rythme des amortissements de matériels et logiciels ainsi que des disponibilités et capacités des équipes internes, sur un « tempo » de 3 à 5 ans qui correspondait bien aux besoins de l’entreprise, à ses grandes évolutions propres.
Ce n’est désormais plus le cas.

Le monde s’accélère et les technologies explosent

Nos entreprises, et la société plus largement, se trouvent aujourd’hui confrontées à deux phénomènes nouveaux : l’accélération des évolutions et l’explosion technologique.
Tout va plus vite et l’entreprise doit désormais s’adapter en permanence, immédiatement, à son environnement. Par ailleurs, l’informatique est de plus en plus indispensable au fonctionnement des organisations et donc à la conquête de nouveaux marchés. Le développement de nouvelles offres ne peut se faire sans le SI et nécessite aujourd’hui une extrême réactivité. Cela engendre même de nouvelles façons de piloter avec les méthodes agiles, typiquement le « lean startup ». Elles permettent de lancer une activité très vite, quitte à la modifier après son lancement en fonction des premiers « retours », plutôt que d’étudier un business plan pendant des mois. L’entreprise a donc besoin de nouvelles solutions technologiques, disponibles sous quelques semaines et non pas dans plusieurs mois comme hier.

Dans le même temps, les technologies disponibles sont de plus en plus nombreuses et innovantes. Il ne se passe pas un mois sans qu’apparaissent de nouvelles idées, de nouvelles solutions qui viennent impacter plus ou moins directement l’entreprise. Cette profusion devient difficile à suivre, et l’entreprise est désormais en permanence sous le risque de ne pas avoir décelé la technologie, la startup, qui va venir bouleverser son modèle économique ou ses marchés.

La conjonction de ces deux phénomènes, accélération des rythmes du business et explosion technologique, entraine les bouleversements liés aux transformations digitales de l’entreprise, mais aussi le risque d’apparition de « nouveaux entrants », totalement disruptifs, et pouvant en quelques mois devenir de véritables concurrents (50 millions de « clients » pour Twitter en moins de 7 mois !).

Le Cloud : la clé de l’adaptation

Le Cloud apporte une solution, et probablement même la seule solution, à ces besoins d’agilité et d’adaptabilité des systèmes d’informations. Les solutions Saas (Software as a Service), disponibles et pouvant être déployées immédiatement, permettent à l’entreprise de se doter d’outils technologiques répondant, en partie certes, mais très vite à leurs besoins. Avec une simple carte bancaire, et à condition d’accepter de ne pas disposer de toutes les fonctions souhaitées (contrairement aux développements spécifiques… du moins en théorie), il est possible de se doter en quelques jours d’un SI opérationnel et permettant de saisir des opportunités sans se laisser distancer par les concurrents.
Les opérateurs de solutions Saas disposent des moyens pour faire évoluer rapidement leurs solutions en capitalisant sur les retours de leurs clients et sur les innovations disponibles afin d’enrichir très régulièrement leurs produits. C’est donc aussi la garantie de solutions évolutives et de mises à jour régulières.
De plus, le mode de facturation, « à l’usage », permet non seulement de maitriser ses budgets, mais aussi et surtout de pouvoir changer rapidement de solution pour en adopter une plus moderne, plus adaptée, et ce sans être contraint pas les durées d’amortissement et autres valeurs résiduelles. On tend donc vers des systèmes d’information beaucoup plus flexibles et variables, constitués de multiples solutions, tels un puzzle aux pièces interchangeables. Des SI partiellement « jetables » afin d’être en alignement permanent avec la stratégie de l’entreprise.

Une évolution non sans défis

Bien sûr le Cloud n’est pas magique. Dématérialiser et externaliser le système d’information à travers les possibilités qu’offrent le Cloud est compliqué et surtout prend du temps. Il faut arriver à faire coexister le système « d’avant » – le « legacy » – avec la mise en œuvre de nouvelles solutions en SaaS, mais sans jamais dégrader les engagements de services pour l’entreprise. C’est un peu comme changer le moteur de sa voiture, en le remplaçant pièce par pièce, tout en roulant à 130 km/h sur l’autoroute.

Mais surtout, si le Cloud apporte des solutions aux besoins d’agilité, d’adaptabilité et de vitesse des entreprises, il induit aussi de nouveaux problèmes, de nouveaux défis et évidemment des risques. Il y a tout d’abord la sécurité qui va de plus en plus être un enjeu majeur pour les entreprises car ces dernières peuvent aujourd’hui réellement disparaitre à la suite d’une « cyber attaque ». La « mise en liberté » du système d’information avec le Cloud entraine donc nécessairement de mettre en place des protections beaucoup plus élaborées et puissantes que celles utilisées jusqu’ici. C’est peut-être un bien pour un mal car l’idée que nos données sont protégées car physiquement « enfermées » dans une pièce de l’entreprise est aussi fausse que dangereuse.

En fait, le véritable chantier stratégique sera la maitrise des données de l’entreprise. Car si il est théoriquement possible de changer facilement de solution Saas afin d’utiliser toujours la plus innovante, la plus performante, la plus appropriée… il n’en demeure pas moins qu’il faut aussi ne pas perdre les données et les historiques lors de ces changements. Il faudra aussi particulièrement tester les procédures de restitutions des données de l’entreprise car il ne suffit pas de les avoir physiquement sur un support, encore faut-il pouvoir les utiliser (je dispose encore de cassettes de sauvegarde d’informations sous HP3000 dont je suis aujourd’hui totalement incapable de faire quoi que ce soit).

Enfin, demain les données de l’entreprise auront certainement de plus en plus une valeur et seront donc considérées comme un « actif ». Il faudra donc non seulement valoriser et protéger mais certainement aussi faire fructifier cet actif. Il est très probable qu’au même titre que le responsable sécurité, le « data manager » devienne un poste-clé dans le cadre de l’évolution des systèmes d’information.

L’anticipation, un enjeu vital

L’enjeu pour les systèmes d’information n’est pas simplement de pouvoir répondre le plus vite possible aux nouveaux besoins de l’entreprise. C’est aussi et surtout de prendre conscience des futures grandes évolutions technologiques afin de se préparer à en faire bénéficier son entreprise.
La gestion de l’obsolescence, face à un monde qui va en s’accélérant, nécessite vitalement d’anticiper.
Ces évolutions sont connues : les objets connectés qui vont générer des millions d’informations à stocker puis à traiter afin d’en tirer le maximum de valeur, le « machine learning » qui devrait permettre aux entreprises d’être plus efficaces grâce aux prédictions de fonctionnement et de comportement basées sur l’étude de milliers, voire de millions de cas. Demain, peut-être, l’arrivée de calculateurs surpuissants, les ordinateurs quantiques, ayant unitairement presque plus de capacité de calcul que le total de l’ensemble des ordinateurs disponibles sur la planète.
Toutes ces évolutions ont un point commun : elles ne seront disponibles qu’à travers le Cloud, seul capable de permettre l’accès à ces gigantesques espaces de stockages et à ces énormes capacités de calcul. Déjà aujourd’hui, certaines fonctions s’appuyant sur le « machine learning » ne sont possibles qu’à travers les offres Saas, dans le Cloud, et parfaitement inenvisageables sur des solutions dans l’entreprise (on premise).
Il est donc indispensable de faire évoluer les systèmes d’informations vers le Cloud afin qu’ils soient prêts à utiliser ces grandes révolutions technologiques qui arrivent pour en faire bénéficier leurs entreprises le plus rapidement possible.

En résumé, nos systèmes d’informations doivent absolument se transformer, sortir des murs de l’entreprise pour s’ouvrir, grâce au Cloud, aux solutions innovantes et aux changements technologiques. Cette évolution n’est pas facile à opérer et elle va entraîner de nouvelles contraintes et de nouveaux risques. Mais elle est vitale pour rendre le SI adaptable et se préparer aux futures révolutions de l’informatique.
C’est une question de survie pour nos entreprises.

Article publié le 11 avril 2016 dans la catégorie Digitalisation

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Philippe Choyer

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